Avec les réformes notationnelles de la seconde moitié du XIIIe siècle, les musiciens ont adopté un système notationnel qui permettait de déduire les valeurs des notes par la forme et la forme des ligatures. L’ambiguïté restante des ligatures pré-franconiennes a duré jusqu’à ce que Franco de Cologne fixe un système de ligatures définitif et clair. Avec la réforme notationnelle la plus importante de Franco, un système sans équivoque pour distinguer les combinaisons rythmiques de valeurs de notes courtes et longues a été fixé.

La notation musicale a toujours une fonction pratique : les compositeurs, chanteurs et musiciens doivent la traiter de manière pragmatique et efficace. Les signes de notation ambigus étaient toujours un problème. De plus, le système de ligature que vous avez découvert plus tôt n’était pas idéal pour la pratique musicale. Comme on peut le voir dans le tableau de l’étape précédente, les ligatures pré-franconiennes utilisées dans les parties antérieures du Codex Bamberg (Staatsbibliothek, Lit. 115) et le Codex Montpellier (Faculté de Médecine H 196) restent encore légèrement flexibles dans leur signification, permettant des lectures différentes selon leurs contextes.

Avec le recul, elles peuvent donc être considérées comme une sorte de transition vers les règles de ligature fixes qui ont été fixées par Franco de Cologne dans son traité Ars Cantus Mensurabilis (vers 1280) et qui, par leur rigueur et leur clarté, ont apporté une nouvelle flexibilité notationnelle qui a mis fin aux contraintes des modes.

Les règles de ligature des Francos ont pris comme point de départ l’apparence de notation carrée “standard” des neumes à deux ou trois notes (pes, clivis, torculus, porrectus, climacus, scandicus). Il a établi qu’une ligature a un début et une fin (sa première et dernière note). Le début pourrait être cum proprietate (avec propriété) et sine proprietate (sans propriété), la fin de la ligature pourrait être cum perfectione (avec perfection) et sine perfectione (sans perfection). Si la ligature avait l’aspect neume standard, elle était considérée comme cum proprietate et cum perfectione et les première et dernière notes étaient traduites par brevis-longa. L’aspect standard pourrait être modifié en ajoutant ou en enlevant des tiges, en tournant les têtes de notes ou en remplaçant les formes de notes carrées par des formes de notes obliques.

 Tableau montrant les ligatures franconiennes Ligatures écrites selon les règles de Franco de Cologne. Les signes deviennent distincts. L = longa; B = brevis; SB = semi-brevis cliquez pour développer

Prenons le pes comme exemple. Si la deuxième note était tournée à droite, la ligature perdait sa perfectio et devait être lue brevis-brevis. Si l’on ajoutait à ce pes modifié une tige sur le côté droit de sa première note, elle perdait également ses proprietas et était ainsi lue longa-brevis. Si une telle tige était ajoutée au côté droit de la première note d’un pes non modifié, la ligature perdait ses proprietas mais gardait sa perfectio et signifiait donc longa-longa. Une tige ascendante au début de la ligature indiquait opposita proprietas (propriété opposée) et, comme dans les ligatures pré-franconiennes, produisait deux demi-brèves.

Le clivis pourrait subir des modifications similaires. Alors que dans sa forme standard, il signifiait brevis-longa (cum proprietate et cum perfectio), il a perdu ses proprietas lorsque la tige du côté gauche de la première note a été retirée et a ensuite été traduite par longa-longa. Si la tige était conservée mais que la seconde note était transformée en une forme oblique, elle perdait sa perfectio (faisant brevis-brevis). Si la tige était retirée de cette ligature oblique, elle était considérée comme sine proprietate et sine perfectio et donc lue comme longa-brevis. Encore une fois, la tige ascendante produisait deux demi-brèves.

Les ligatures à trois notes ou plus fonctionnaient selon les mêmes principes que ceux indiqués dans le tableau ci-dessus. Les notes de cœur étaient toujours considérées comme des brevis à moins qu’une tige vers le bas ne soit dessinée sur le côté droit de toute note à l’intérieur de la ligature. La tige ascendante au début d’une note (opposita proprietate) n’était appliquée qu’aux deux premières notes de la ligature, les transformant en demi-brèves.

Catégories : Articles

0 commentaire

Laisser un commentaire

Avatar placeholder

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.